Gaz de Schiste : Miracle ou mirage ?

14 Nov

C’est un peu l’arlésienne du moment : Doit-on se lancer ou non dans l’extraction des gaz de schiste ? Entre-les-lignes a essayé de déblayer le terrain pour vous … .

Contexte : Samedi 19 octobre, des milliers de personnes ont défilés à travers le monde, principalement en France, au Etats-Unis, au Canada et en Roumanie pour protester contre l’exploitation des huiles et des gaz de schiste.

Afin de vous mettre en jambes, rien de tel qu’un petit croquis rappelant en quoi consiste l’exploitation du gaz de schiste.

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 Nb : Pour information, l’huile de schiste correspond en France au pétrole extrait du schiste bitumeux afin de produire du pétrole. Je ne l’évoquerai pas dans la suite de l’article, les réserves en pétrole de schiste ne correspondant qu’à 10% des réserves mondiales de pétrole et n’intéressant pour l’instant que peu les grands groupes pétroliers.

Concentrons-nous donc sur ces fameux gaz de schiste… :

La principale technique utilisée pour les extraire est la suivante : emprisonnés dans des roches très peu perméables et très peu poreuses, les gaz de schiste ne peuvent être exploités comme ceux qui sont piégés dans des structures géologiques. On les extrait par fracturation des roches qui les retiennent.

Ainsi, le gaz de schiste est plus compliqué et donc plus coûteux à extraire. Mais est-ce vraiment un problème lorsque l’on sait que la consommation d’énergie a plus que doublé en 40 ans ?

 Des enjeux économiques considérables …

 En moins d’une décennie, les Etats-Unis ont relancé leur industrie grâce, notamment, à l’exploitation du gaz de schiste qui a renversé l’équilibre énergétique du pays. Les américains sont ainsi devenus le premier producteur mondial de gaz. C’est grâce à l’exploitation de ces gaz que les Etats-Unis deviendront, selon toute vraisemblance, les 1ers producteurs mondiaux de pétrole à l’horizon 2020 avant de devenir presque autosuffisants en matière énergétique d’ici à 2035.

Je ne sais pas mais quand je lis ça, ça me fait rêver ! (et  je dis ça pour rester poli).

Désormais,  entrons un peu plus dans le vif du sujet et parlons chiffres.

Selon un organisme spécialisé dans les prévisions économiques, IHS Global Insight, l’extraction des gaz de schiste aux Etats-Unis a permis à la création en 2010 de 600.000 emplois directs, indirects et induits, et devrait générer quelque 900.000 emplois à l’horizon 2015. En France, on peut estimer à environ 62.000 le nombre de création d’emplois pour ce secteur.

Ce qui, peu ou prou, entraînerait une baisse du chômage français d’environ 2% (réelle celle-ci, pas comme celle annoncé par le gouvernement le mois dernier). Au vu contexte actuel, on peut difficilement s’en plaindre.

Récapitulons ici les avantages que pourrait procurer l’extraction du gaz de schiste :

Réduction du prix de l’énergie : Les Etats-Unis profitent aujourd’hui d’un gaz 3 à 4 fois moins cher qu’en Europe, ce qui leur offre un avantage compétitif non négligeable à leurs entreprises consommatrice d’énergie.

Une moindre dépendance énergétique et par conséquent un rééquilibrage de notre balance commerciale qui s’avère être de plus en plus déficitaire.

– D’importantes créations d’emplois, sans omettre les retombées économiques pour les collectivités (paiement d’une redevance), pour l’Etat (plus d’emplois, donc moins d’indemnités chômage à verser et plus de cotisations) mais aussi pour les particuliers (rachat de leurs terrains à prix d’or, sachant qu’un champ dans le Larzac, ça ne doit pas coûter un bras !).

Une certaine forme d’honnêteté intellectuelle. Après tout, si on veut respecter le principe du pollueur-payeur, on consommerait enfin l’énergie que nous produisons sur notre sol. Parce qu’il faut être honnête, des majors sont déjà en train de prospecter dans des pays tel que le Niger et le feront beaucoup moins proprement que si c’était fait directement sur notre sol, ne nous voilons pas la face.

 Associés à d’importantes réserves …

 Avant de creuser le sujet, je pensais que les réserves en gaz de schiste étaient bien inférieures à celle en gaz dit « conventionnel ». Or, le graphique ci-dessous montre que ce n’est pas le cas. On voit même qu’en Asie et en Amérique du Nord, les réserves en Gaz de schiste sont plus importantes que celles en gaz conventionnel !

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 … mais qui font encore l’objet de nombreux débats !

Si on creuse un peu le sujet, on peut observer que les analyses divergent. En effet, certains organismes se posent la question de la rentabilité à long terme des puits. C’est le cas de Goldman Sachs qui table une chute rapide de la production de gaz de schiste dans le Dakota du Nord dès 2023 avec même certains puits qui commenceraient à décroître dès 2015 !

De plus, les réserves sont encore très difficiles à estimer. Par exemple, l’US EIA qui a passé au peigne fin 137 gisements dans 41 pays estimait en 2011 que la France détenait 5100 milliards de m3 alors qu’aujourd’hui, elle estime ces réserves à « seulement » 3900 m3.

Prudence donc sur les chiffres que l’on peut nous communiquer … .

 Un impact environnemental tout aussi considérable !

 Des pays, pourtant  très pauvres, se révoltent contre la fracturation hydraulique, c’est le cas notamment de la Roumanie où Exxon a été obligé de reculer face aux protestations de la population.

C’est vraiment ce type de révolte qui me fait réfléchir. Le premier eldorado n’est-il pas de pouvoir bénéficier d’un environnement décent ?

 Pourquoi ces gens ont-ils raison ?

 C’est simple. Aujourd’hui, les moyens utilisés pour la fracturation hydraulique ne sont clairement pas propres.

 Pour résumer, le gaz de schiste étant emprisonné entre 1 et 3 kilomètres de profondeur, il faut un forage qui nécessite une grande quantité d’eau pour briser les roches. Le problème est que cette eau s’en trouve polluée et va se répandre dans les nappes phréatiques et détruire l’écosystème aux alentours.

 Dans les régions où des forages ont été mis en place, on observe aussi une augmentation du risque sismique car la fracturation rend aussi les sols instables.

Alors au final, qu’est-ce qu’on fait, on prend un arc, des flèches et on va manifester dans le Larzac ?

Les pétroliers préparent le terrain et mettent en place des partenariats à travers le monde notamment aux Etats-Unis, au Canda mais aussi en Amérique du Sud et en  Chine.

Le gaz de schiste est clairement un nouveau relais de croissance inespéré pour les pétroliers qui doivent faire face à la raréfaction du pétrole.

Je vais même vous faire une confidence, ce qui freine clairement les pétroliers, c’est uniquement un problème de compétences (hormis la France où le problème est clairement éthique) car cette méthode étant relativement nouvelle, il est encore difficile de trouver des profils d’ingénieurs spécialisés de haut-niveau dans le domaine. Mais ça, ce n’est qu’une question de temps… .

A partir de toutes ces données, qu’elles soient économiques, politiques et environnementales, il faut faire preuve de pragmatisme. L’enjeu financier est tel que l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste est irrémédiable.

Cependant, il est urgent d’attendre afin de trouver des solutions qui respectent l’environnement sinon on court à la catastrophe.

Pour en revenir à nos  amis américains qui, attiré par l’appât du gain ont choisi de forer dans tous les sens sans réfléchir aux possibles conséquences, on a pu observer que les dégâts sur l’environnement ont été considérables.

A ce sujet, je vous laisse consulter le documentaire intitulé « Gasland », sorti en 2010 qui met en avant les dangers de l’exploitation sauvage du gaz de schiste et ses conséquences sanitaires. Ames sensibles, s’abstenir !

 Vous l’aurez compris. A titre personnel, je suis « presque » en parfaite adéquation avec notre gouvernement.

 Pour autant, il ne faut pas céder au fanatisme. J’appuie très fort là-dessus, c’est aux peuples d’être exigeant  sur certains principes et de ne rien lâcher sur le respect de l’environnement.

 Tout en refusant vigoureusement les techniques utilisées à l’heure actuelle qui sont extrêmement nocives, il est nécessaire d’ouvrir les portes de l’expérimentation.

 En effet, pourquoi ne pas  réfléchir à un décalage de l’exploitation à plus tard pour en augmenter la sécurité ? Continuer d’expérimenter sans pour autant tout défoncer ?

 J’entends déjà les actionnaires et les marchés financiers avides de gains à court terme prêt à me sauter à la gorge !

En fait, il faudrait juste essayer d’avoir un débat dépassionné sur ce sujet,  prendre du recul sans dogmatisme mais ça, c’est encore une autre histoire !

 

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